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Hommage à Marie-Eve JOËL

Chères et chers collègues, chères amies, chers amis,

 

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Marie-Eve Joël survenu le 16 décembre 2019.

 

Marie-Eve Joël, qui était à ce jour professeur émérite en sciences économiques à l’Université Paris-Dauphine, a compris très tôt l’importance du vieillissement et de la dépendance dans les questions posées aux politiques sociales. Cette intuition fondatrice et pionnière a conduit ses recherches, ses actions dans l’enseignement et son engagement dans l’aide à la décision publique tout au long de sa vie professionnelle et au-delà, pendant sa retraite, tant que son état de santé le lui permettait. Avec un sens hors pair des responsabilités, une capacité et une force incroyable à faire vivre les projets, elle a été parmi les tous premiers économistes en France à s’intéresser à la dépendance. Elle a ouvert un champ qui jusqu’à lors n’existait pas, y compris au sein de l’économie de la santé qui était en construction en France, et qui n’en était qu’à ses balbutiements à l’international.

 

En attirant très vite de jeunes chercheurs et en participant à de larges projets de recherche européens, Marie-Eve Joël a donné une impulsion décisive au développement et à la reconnaissance d’une équipe soudée et dynamique en économie et gestion de la santé au sein de Dauphine, le Legos, qu’elle a dirigé pendant de nombreuses années. Cette équipe est aujourd’hui nationalement et internationalement reconnue pour son expertise en économie du vieillissement. Plus récemment, Marie-Eve Joël a porté la création du GDR Longévité et vieillissements, devenu depuis Institut de la Longévité, des vieillesses et du vieillissement (ILVV), afin d’articuler et faire vivre la recherche sur ce thème, au-delà des frontières institutionnelles et disciplinaires, en relation étroite avec les acteurs du secteur médico-social. Elle participait encore le 20 novembre dernier, au lancement de la première édition de l’école d’automne accueillant de jeunes chercheurs français et étrangers travaillant dans le champ. Marie-Eve Joël a ainsi toujours été soucieuse du devenir des jeunes doctorants de Dauphine et d'ailleurs, les accompagnant et les conseillant avec exigence mais toujours avec bienveillance.

 

Convaincue que le savoir dans un champ appliqué ne pouvait se fonder uniquement sur des réflexions théoriques, Marie-Eve Joël a pris soin de collecter des informations précieuses, mêlant utilement approches qualitatives et quantitatives, sur les conditions de vie et de prise en charge des personnes âgées, à domicile ou en institution, et de leurs familles. Plus récemment, elle a réussi à convaincre, avec calme, détermination et efficacité, l’université Paris-Dauphine et divers financeurs, en particulier le Ministère de la Recherche, la CNSA, la CNAV, le COR, ou par le passé l’INPES ou l’INSERM, de sauver la partie française de l'enquête européenne SHARE (Survey on Health, Ageing and Retirement in Europe), suite à la perte de budgets européens et au désengagement de l’INSEE et de l’IRDES. Elle a ainsi co-piloté avec beaucoup de brio le projet Share-France de 2013 à 2016 afin de produire des données comparables internationalement sur l’emploi, les conditions de travail, de vie, de santé, de dépendance et l’accès aux soins pour un large échantillon de seniors de 50 ans et plus. Elle a continué à participer jusqu’au bout à ce projet, que ce soit par la poursuite de ses travaux de recherche ou la participation au conseil scientifique du projet Share-France qui est toujours mené à Dauphine.

 

Son engagement dans l’aide à la décision publique a également été remarquable. Il est difficile de dénombrer les institutions qui ont fait appel à son savoir sur la protection sociale et la dépendance. Elle était encore membre des conseils scientifiques de l’AGIRC ARRCO, de l’ATIH, de la DGAFP et de l’IRDES. Elle a enfin présidé le conseil scientifique de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie de 2010 à 2017. Il ne fait aucun doute que ses travaux de recherche ont largement contribué à la conception des plans Alzheimer ou maladies neurodégénératives, du plan Solidarité Grand Age, des différentes réformes des dispositifs successivement mis en place pour favoriser l’aide professionnelle pour les soins de long terme aux personnes âgées dépendantes tout en préservant les solidarités familiales, et aux réflexions sur la création d’une éventuelle cinquième branche de la Sécurité sociale. Ses travaux ont également éclairé les débats sur les enjeux familiaux et économiques du logement et de la prise en charge des personnes âgées dépendantes et ont offert des pistes pour améliorer l’efficience et la qualité de la prise en charge des personnes âgées en établissement, tout en prenant en compte le bien-être des personnes aidées, comme de leurs aidants. Elle a enfin combattu avec la force tranquille qui la caractérisait, mais sans relâche, la maltraitance physique, financière, et psychologique des personnes âgées vivant en institution ou à domicile.    

 

Au-delà de son engagement dans la recherche sur le vieillissement et la dépendance, Marie-Eve Joël était pleinement engagée dans toutes les missions de l’université Paris-Dauphine. Elle a ainsi dirigé pendant de longues années le département Master Sciences des Organisations (MSO) à l’université Paris-Dauphine, a dirigé plusieurs formations, dont le Master Economie et gestion des organisations médico-sociales (215) qu’elle avait initié, et participé au conseil d’administration de l’université.

 

Il y a beaucoup à dire sur Marie-Eve Joël, sur sa clairvoyance, son intelligence relationnelle, son calme, sa ténacité, sa bienveillance, son humanité, et son humour aussi… Elle a beaucoup donné et nous sommes très nombreux, collègues, amies et amis, anciennes doctorantes et anciens doctorants (ou post-docs) à lui devoir beaucoup sur les plans professionnel et personnel.

 

Ses obsèques auront lieu à l’Eglise de Saint-Germain-des-Prés le lundi 23 décembre à 10 heures.

 

C’est avec beaucoup de tristesse et par ces quelques mots que nous souhaitions rendre hommage, au nom de tous nos groupes de recherche, de réflexion et d’action, à la pionnière de l’économie du vieillissement et de la dépendance en France.

 

Les collègues et amis du Legos, et les amis de l’enquête Share, qui auraient aimé accompagner Marie-Eve un peu plus loin dans le grand âge…